CHAN Kenya 2018 – Les raisons cachées de l’élimination des Éperviers par les Écureuils

La défaite, suite à une longue série de tirs au but (11 de part et d’autre) des Éperviers, version locale, devant leurs homologues béninois, les Écureuils,  dimanche dernier au stade Mathieu Kérékou de Cotonou lors de la manche retour de l’avant dernier tour des éliminatoires du CHAN, est douloureusement ressentie par les populations togolaises. Les mêmes termes sur presque toutes les lèvres : scandale, vol, tricherie, conspiration… Comme si les raisons de cette élimination s’arrêtaient là…

Éperviers-du-Togo

Éperviers du Togo avant le match Bénin vs Togo au Stade Mathieu Kerekou à Cotonou le 23 juillet 2017.

L’indignation mesurée du Colonel Akpovy

Seulement, le président de la Fédération Togolaise de Football, le Colonel Guy Akpovy, comme toujours, perspicace et bien mesuré dans ses propos, est allé par un autre chemin, sans doute propre à lui, et qui s’ouvre sur deux voies : « C’est regrettable tout ce que nous avons vu sur le terrain. Nos joueurs n’ont pas démérité, et moi je dirais qu’on leur a donné la chance trois fois de marquer, et que le match soit terminé ».

Dans la foulée, le président stigmatise les carences arbitrales.

« Je déplore cependant l’arbitrage, je crois que c’est un match international, et qu’on doit avoir quand même des cameras pour revoir le dernier tir des Éperviers…Et les gens ont confirmé. C’était un but, et normalement, on devrait quand même revoir cette action…si c’est bon ou si ce n’est pas bon. A quoi servent les cameras ? Et sincèrement, je ne suis pas d’accord, et je crois que ça ira loin (…) Ce qui est fait est fait. Soit on rentre à la maison tranquillement, on va redémarrer, et prendre nos responsabilités pour les prochaines échéances ».

La préparation des joueurs togolais en cause

C’est assez clair qu’en scrutant la dissertation verbale du patron du football togolais, deux thèses s’affrontent. Une sortie à chaud empreinte d’émotions, accompagnée de mots dictés par une certaine indignation mêlée de colère. Et cette colère, il fallait justement la chercher dans un fait bigrement reconnu par le Colonel quand il estime que les Éperviers ont eu «… la chance trois fois de marquer, et que le match soit terminé ».

L’indignation, il va falloir désormais ne pas trop la ruminer. Mais plutôt se demander ce qu’on a fait pour susciter une qualification face à cette sélection béninoise innocente et quelque peu fragile sur le papier. Et même sur le terrain.

Aucun doute que, cette formation entraînée par Oumar Tchomogo, avait une grande crainte, un certain respect de l’adversaire à elle proposée pour ce tour des éliminatoires du CHAN : le Togo, à travers son championnat qui venait de prendre fin, semblait plus compétitif, plus aguerri, et donc plus fort. C’était indéniable. Et pour, du moins lui tenir tête, il fallait pour les dirigeants sportifs béninois, d’essayer quelque chose. Juste essayer quelque chose. Sans trop y croire.

Les Togolais, eux, y croyaient tellement qu’ils s’étaient même permis de donner des vacances à leurs ambassadeurs à quelques 6 semaines de ces échéances. Le coach Abalo Dossé ayant suivi le groupe des Éperviers A, lors de ses préparatifs du match de la première journée des éliminatoires de la CAN 2019 qui allait opposer l’Algérie au Togo en début de mois de juin dernier…

Des dirigeants béninois prévoyants et professionnels

Écureuils Locaux du Bénin

Écureuils Locaux du Bénin tombeurs des Éperviers Locaux du Togo. C’est deux semaine de championnat béninois qui bat une saison entière de D1 togolaise. C’est enfin une préparation sérieuse victorieuse de la légèreté de la démarche togolaise.

Les dirigeants du football béninois, sans doute plus prévoyants et plus professionnels, mettaient eux sur pied une équipe nationale déjà au mois de mars 2017. Avec pour mission de ne pas se faire ridiculiser par l’orgueilleux voisin de l’Ouest. C’est ainsi que, ces Écureuils, soutenus par l’Etat béninois, s’étaient mis au travail. Ils semblaient avoir cerné les bonnes manières qui permettent de préparer efficacement ce qu’on appelle une compétition continentale. Il s’agissait pour eux, de se mettre dans le meilleur état possible. Du moins, avoir une bonne préparation physique afin d’être aussi performants que possible. Situation qui agirait forcément sur leur mental le moment venu.

De mars à juillet, les Écureuils, après une rude préparation physique faite de souffrances, de sueurs, et de renoncement à certaines libertés, disputeront 7 rencontres internationales amicales soldées par une victoire, deux défaites, quatre nuls. En somme, 10 buts encaissés contre 6 marqués. Après l’Egypte le 25 mars, ils font le tour de la zone occidentale de l’Afrique, se frottant au Mali, à la Côte d’Ivoire, au Burkina-Faso, au Ghana et doublement au Niger.

Sans championnat, le Bénin élimine le Togo du CHAN

Qu’importe le bilan enregistré au cours de cette éprouvante, mais ô combien déterminante, aventure. L’essentiel pour les membres du staff technique des Écureuils, c’était que, même sans championnat, ils étaient arrivés à préparer les muscles de leurs joueurs à un effort intense. Par ailleurs, ils surent insuffler une certaine harmonie à leur équipe tout en développant au sein du groupe quelques habiletés techniques.

Le public de Kégué lors de la manche aller était resté bouche bée face à l’inattendue maîtrise du jeu, doublée de la domination des Béninois. Aussi, après le résultat nul (1-1) le 16 juillet 2017, le coach togolais Abalo Dosseh n’eut aucune honte à reconnaître que son adversaire était plus fort. On était à une semaine du match retour, et beaucoup se demandaient si ce petit temps suffirait aux Eperviers pour être à la hauteur des Écureuils ?

Des Éperviers craintifs et pleins de doute

Sewonou-Koidjo-(12)-du-Togo

Sewonou Koidjo(12) du Togo face à la défense béninoise. Le seul rayon de soleil dans la grisaille togolaise. A Cotonou, son but a redonné espoir aux Togolais.

Très vite, lors du match retour à Cotonou, l’on dut se rendre compte que, c’est encore une équipe togolaise craintive qui se produit face à un adversaire qui n’avait aucune raison d’attaquer. Un résultat vierge la qualifiant pour le dernier tour éliminatoire. Pourtant, ce sont les Écureuils qui pressent et empressent, au point de susciter davantage de frayeur et de doute au sein des Éperviers.

D’ailleurs, après plus de mille et une offensives non fertiles, ce qui devrait arriver, arriva. Le portier Bassa Djéri céda sur un énième coup de butoir adverse. La mi-temps se terminera sur un score en faveur des Béninois. Elle invita naturellement les esprits à se poser des questions sur la réelle forme de cette sélection togolaise dont le jeu, à l’aller tout comme au retour reste sans aucune consistance, manque d’harmonie…

Aucun exploit individuel ni de passe à quatre à signaler. Bref, cette sélection semblait être tout sauf une équipe. Manque totale de confiance en soi, aucune maîtrise des émotions illustrée par le carton jaune ramassé par le capitaine Gazozo Kpadé, une mauvaise gestion du stress en début de match. Mais soulignons surtout la désastreuse seconde séance de tirs au but.

Seule chose positive à retenir, le surpassement dans l’effort en seconde mi-temps, et qui avait conduit au fabuleux but égalisateur du petit prodige Sewonou Koidjo. Mais là encore, on s’était amusé, en fin de match, à ralentir le jeu, à jouer au chrono au moment où il fallait tuer définitivement la « bête » béninoise. En définitive, cette équipe du Togo manque, autant que son entraineur et ses dirigeants, de beaucoup d’expérience. Sinon…

Une équipe en manque de préparation et de réel objectif

Sinon, on allait commencer un peu plus tôt les préparatifs avec une équipe bien constituée, et assigner au sélectionneur des objectifs bien précis. Et puis, les coups de pied arrêtés, les tirs au but, les corners, ça se travaille aussi. Il fallait juste regarder le portier Bassa Djéri Sabirou botter le dernier tir au but, celui fatal aux Togolais, pour se rendre compte des carences togolaises dans la pratique des tirs au but. Le staff technique a-t-il oublié de faire faire ce genre d’exercice lors des séances d’entrainement ? Un aspect aussi très important qu’on néglige depuis très longtemps au Togo, reste le travail psychologique. Et quand, ailleurs, même les clubs en possèdent dans leur staff, comment une équipe nationale pourrait-elle se passer d’un psychologue ?

Juste préciser qu’à un certain moment de ces séances de tirs au but, lorsque celui du 5e tireur togolais (Ouro Sama Hakim) eut été invalidé par l’arbitre ghanéen Selorm Agbovi, il fallait obligatoirement recourir à un psychologue pour remettre d’attaque les tireurs suivants. Reste que, les propos du président de la FTF, le Colonel Guy Akpovy à la fin : « De toutes les façons, ce qui est fait est fait. On rentre à la maison tranquillement, on va redémarrer et prendre nos responsabilités pour les prochaines échéances ». Si prendre ses responsabilités voudrai dire, passer à une bonne planification, à une meilleure organisation de ce football, ce serait alors tant mieux.

  • RACINE BOIS ok bis

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